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Sciences

Un cadavre peut-il bouger après la mort?

20-01-2020

En Australie, le site AFTER permet d’étudier la décomposition de cadavres humains en milieu naturel. Photo: Anna Zhu

Contre toute attente, les membres d’un cadavre continuent de bouger pendant des mois après sa mort. Une découverte qui pourrait donner un sérieux coup de pouce aux sciences judiciaires.

Sur une scène de crime, si le corps d’une victime semble avoir bougé après sa mort, les enquêteurs soupçonnent en général une tierce personne (ou un animal) d’être intervenue… Et pourtant, des mouvements à peine perceptibles animent les morts sous l’effet de processus inhérents à la décomposition.

Ce sont les travaux d’Alyson Wilson, publiés en août 2019 dans le journal Forensic Science International : Synergy, qui ont mis en lumière ces curieux mécanismes. « Je m’attendais à certains mouvements au tout début du processus, par exemple lorsque le corps gonfle et qu’on observe une rigidité cadavérique. Étonnamment, les membres ont continué à se déplacer le long du corps pendant toute la durée de mes observations », raconte l’auteure principale et étudiante de premier cycle en sciences médicales à la Central Queensland University en Australie.

Or, ses observations ont duré six mois ! La chercheuse a mené son étude à l’Australian Facility for Taphonomic Experimental Research (AFTER), un lieu où des cadavres de donneurs sont déposés en milieu naturel afin d’étudier la dégradation post mortem.

Grâce à des photographies prises toutes les 30 minutes durant le jour, Alyson Wilson a pu relever les moindres « faits et gestes » d’un corps. Entre autres, les membres supérieurs se sont agités de façon surprenante. Initialement, les bras du donneur ont été placés le long du tronc. Au fil du temps, ceux-ci se sont déplacés vers l’extérieur. L’un deux a ensuite retrouvé sa position initiale, près du corps. La chercheuse a poursuivi l’expérience pendant 11 mois supplémentaires ; des mouvements étaient toujours visibles sur les images.

Pour comprendre le phénomène, il faut jeter un œil du côté de l’entomologie. En effet, l’union fait la force chez les insectes qui investissent le corps après la mort. Présents par milliers, leurs activités biologiques peuvent faire bouger certaines parties du corps de quelques millimètres, voire de quelques centimètres.

Le processus de décomposition entraîne aussi un assèchement des ligaments, qui se contractent et font adopter aux cadavres des positions anormales, tels des pantins désarticulés. « C’est crucial de comprendre ce qui se produit sur un corps après le décès », confirme Shari Forbes, titulaire de la Chaire de recherche Canada 150 en thanatologie forensique de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR).

Shari Forbes suit ces développements avec grand intérêt. Il faut dire qu’elle connaît intimement l’AFTER, le seul endroit du genre dans l’hémisphère Sud : c’est elle qui l’a fondé en janvier 2016. Recrutée par l’UQTR en 2018, elle travaille à mettre sur pied un lieu semblable à Bécancour, sur la rive sud du Saint-Laurent.

En sciences judiciaires, on cherche toujours à savoir si la posture est le résultat naturel de la décomposition ou si le corps a été déplacé, indique-t-elle. « Il faudra obtenir d’autres données de ce type pour déterminer si un déplacement est de cause naturelle, accidentelle ou un acte intentionnel, commente-t-elle. Mais à terme, cela aidera certainement à outiller les enquêteurs pour établir le stade de décomposition et les circonstances de la mort. »

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