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Sciences

La baleine à bosse de Montréal probablement victime d’une collision

11-06-2020

La carcasse de l’animal a été récupérée pour pratiquer la nécropsie. Photo fournie par Stéphane Lair.

La baleine à bosse qui avait séjourné dans le fleuve Saint-Laurent à Montréal, pour le plus grand plaisir de nombreux curieux, a été retrouvée morte près de Varennes mardi 9 juin au matin. Elle avait été vue pour la dernière fois dimanche 7 juin au matin près de Pointe-aux-Trembles, dans la voie maritime, là où circulent de nombreux cargos et autres porte-conteneurs.

Stéphane Lair est vétérinaire à la Faculté de médecine de l’Université de Montréal. Il est en charge de la nécropsie de la jeune baleine. Il répond à nos questions.

Vous et votre équipe avez procédé à une nécropsie. En quoi cela consiste-t-il ?

C’est un examen approfondi de la carcasse de l’animal qu’on fait pour essayer de déterminer la cause de la mort.

Ça se fait en deux étapes. Il s’agit d’abord de procéder à un examen macroscopique de l’animal : on le photographie, le mesure, puis on fait une dissection complète pour détecter d’éventuelles lésions externes et internes. On passe au crible sa peau, sa couche de graisse, ses muscles, ses vertèbres et ses os, puis ses organes internes.

Tout au long de la dissection, on prélève des échantillons de divers tissus, qu’on analysera en laboratoire par la suite. C’est la seconde étape : l’examen histologique.

L’idée c’est d’accumuler des informations pour comprendre ce qui est arrivé.

Et alors, pour cette baleine, quelles sont les premières conclusions ?

C’était une femelle de 10,2 mètres et de 17 tonnes. Grâce aux observations faites depuis quelques jours, on savait qu’elle était vigoureuse et en bonne condition. C’est ce que nous avons pu confirmer en examinant sa carcasse.

Ça suggère aussi que sa mort a été brutale, qu’elle n’a pas dépéri à cause d’une maladie par exemple. L’hypothèse, c’est qu’elle a subi une collision.

Elle ne porte pas de trace de lésions externes flagrantes. L’examen de son squelette n’a pas non plus révélé de fractures. Mais c’est commun pour les cétacés de cette taille qui ont été frappé par une embarcation.

Sa peau était recouverte de champignons, caractéristiques de l’eau douce. Mais ça n’est sans doute pas ce qui l’a tuée. On a par contre repéré des zones congestionnées, avec présence d’hématomes et d’hémorragie. Cela rend encore plus probable le scénario d’une collision.

Depuis le début de son « voyage », on se demande si elle se nourrit dans le fleuve. Est-ce qu’il y avait de la nourriture dans son système digestif ?

Son estomac était vide. Mais ça signifie simplement qu’elle ne s’est pas nourrie dans les 24 dernières heures précédant sa mort.

L’hypothèse selon laquelle la baleine se serait aventurée dans le tronçon fluvial du Saint-Laurent pour suivre des proies (des aloses) n’est pas exclue.

Également, rien ne dit qu’elle avait besoin de manger. Ça fait partie des adaptations des baleines d’accumuler suffisamment de gras pour s’octroyer ensuite le droit de jeûner pendant des semaines, lors des migrations, de la recherche de lieu de reproduction ou de nouvelles zones d’alimentation.

Depuis quand est-elle morte ?

C’est la première chose qu’on essaie de savoir quand on est face à une carcasse. Dans ce cas, l’état de décomposition était avancé, laissant croire qu’elle était morte depuis longtemps. Mais plusieurs éléments influent sur le degré de putréfaction, et le fait qu’elle ait été exposée au soleil à la surface a sans doute participé à accélérer le processus.

Notre hypothèse, c’est qu’elle est morte peu de temps après qu’on l’ait vue la dernière fois (dimanche matin). Elle aurait été percutée par un navire, poussée par le courant et serait remontée à la surface ensuite, sous l’effet des gaz de putréfaction.

Est-ce que la suite des analyses permettra d’en être certain ?

Les analyses histologiques permettront d’affiner le diagnostic. Mais il est et restera forcément circonstanciel.

La seule façon de pouvoir dire hors de tout doute qu’elle a été victime d’une collision… c’est d’avoir un témoin.

 

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