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Société

Aide à mourir: malaise aux soins palliatifs

22-09-2015

A lire aussi: Objection de conscience : quand elle menace les patients

«Je suis allé en médecine pour aider les patients à vivre, pas pour les tuer.» Chemise stricte, cheveux plaqués sur le côté et regard doux, Nicholas Newman égrène calmement, point par point, son argumentaire contre la loi 52.

On le sait, cette loi, avec l’objectif «d’assurer aux personnes en fin de vie des soins respectueux de leur dignité et de leur autonomie», ouvre la porte à l’aide médicale à mourir. Un terme pudique pour désigner l’euthanasie, à laquelle Nicholas Newman s’oppose farouchement.

«Les malades âgés sont extrêmement vulnérables. Lorsqu’ils entrent à l’hôpital, ils ont l’impression d’être un fardeau. Ils risquent donc de choisir l’euthanasie par dépit. Seront-ils vraiment en mesure d’exercer leur libre arbitre?» s’inquiète ce chirurgien orthopédique qui a opéré, en 30 ans, un millier de patients, pour la plupart âgés et victimes de fractures de la hanche. Parmi eux, un seul a exprimé l’envie d’en finir.

«Tout le monde a peur de souffrir, mais quand on soulage les souffrances, le désir de vie revient», soutient le médecin montréalais, dont la clinique est en face de l’Hôtel-Dieu. Il fait partie des quelque 650 signataires du collectif de médecins qui a déposé, en 2014, une requête pour faire invalider la loi devant la Cour supérieure de Montréal. Requête qui a toutefois été suspendue, la Cour suprême du Canada ayant statué le 6 février dernier que les dispositions du Code criminel prohibant l’aide médicale à mourir portaient atteinte au «droit à la vie, à la liberté et à la sécurité de la personne».

Autrement dit, l’euthanasie médica­lement assistée est désormais considérée comme un droit constitutionnel, réservé aux personnes majeures, atteintes d’une maladie incurable, dont la condition se dégrade inexorablement ou qui vivent des souffrances physiques ou psychiques cons­tantes et insup­portables. Le Québec sera la première province à appliquer ce droit qui, comme tout sujet éthique grave, soulève les passions et divise la société.

Le débat est encore plus vif en première ligne, au sein de la profession médicale: l’aide à mourir ne pourra en effet être validée et «administrée» que par des médecins. «En fait, la décision de la Cour suprême s’assortit d’une obligation pour la profession médicale de fournir l’injection létale, ce qui menace le droit d’objection de conscience, s’insurge Nicholas Newman. Donner la mort ne relève pas de la médecine. C’est contraire à notre déontologie. De plus, le risque de dérive est important. Peut-être que, les premières années, il n’y aura que 3 ou 4 demandes; mais que se passera-t-il dans 15 ou 20 ans? L’eutha­nasie coûte beaucoup moins cher que les soins, il pourrait y avoir des pressions budgétaires pour l’encourager.»

Ce propos fait bondir Georges L’Espérance, neurochirurgien qui soutient l’Association québécoise pour le droit de mourir dans la dignité (AQDMD). «L’argument de la pente glissante est fallacieux: seul un très faible pourcentage de mourants feront cette demande, et il faut l’avis de deux médecins pour l’entériner. En Bel­gique, où l’euthanasie est légale depuis plus de 10 ans, elle ne concerne que 1% des 100 000 décès annuels», rappelle-t-il.

(…)

Intégrée dans les soins de fin de vie, l’aide à mourir devrait concerner en premier lieu les patients admis en soins palliatifs. Or, justement, du côté des soins palliatifs, l’immense majorité des intervenants se sont prononcés contre la loi. L’AQDMD, qui soutient le projet de loi depuis le début, a d’ailleurs été incapable de nous fournir le nom d’un seul médecin de soins palliatifs acceptant de témoigner en faveur du droit à l’aide à mourir. «Les rares enquêtes menées auprès des médecins sont difficiles à exploiter, car les questions n’étaient pas claires, et il y avait confusion entre l’euthanasie active, le refus de l’acharnement thérapeutique ou encore l’arrêt des respirateurs artificiels. Mais ce qui est sûr, c’est que la majorité des médecins de soins palliatifs sont opposés à cette loi. L’euthanasie est contraire à leur philosophie qui est d’accompagner le malade jusqu’au bout», commente Eugene Bereza, médecin formé en soins palliatifs, philosophe et chercheur en éthique biomédicale à l’Université McGill, à Montréal.

Les hôpitaux publics n’auront toutefois pas le choix: ils devront satisfaire aux demandes des patients. «Une institution financée par les contribuables, qu’elle ait une identité religieuse ou non, ne pourra pas se comporter comme un établissement privé et devra se plier à la loi», précise Eugene Bereza. Mais qui appuiera sur le piston de la seringue? Comment s’organisera ce service? Pour l’instant, la confusion règne.

Lire la version intégrale de ce texte dans le Québec Science d’octobre.

L’article 24 du Code de déontologie des médecins

«Le médecin doit informer son patient de ses convictions personnelles qui peuvent l’empêcher de lui recommander ou de lui fournir des services professionnels qui pourraient être appropriés, et l’aviser des conséquences possibles de l’absence de tels services professionnels. Le médecin doit alors offrir au patient de l’aider dans la recherche d’un autre médecin.»

Définitions inscrites dans la loi

Soins de fin de vie: soins palliatifs offerts aux personnes en fin de vie et aide médicale à mourir.
Soins palliatifs: soins actifs et globaux dispensés aux personnes atteintes d’une maladie avec pronostic réservé, dans le but de soulager leurs souffrances, sans hâter ni retarder la mort, de les aider à conserver la meilleure qualité de vie possible et d’offrir à ces personnes et à leurs proches le soutien nécessaire.
Sédation palliative continue: soins offerts dans le cadre des soins palliatifs consistant en l’administration de médicaments ou de substances à une personne en fin de vie dans le but de soulager ses souffrances en la rendant inconsciente, de façon continue, jusqu’à son décès.
Aide médicale à mourir: soins consistant en l’administration de médicaments ou de substances par un médecin à une personne en fin de vie, à la demande de celle-ci, dans le but de soulager ses souffrances en entraînant son décès.

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